25 janvier 2011 | 2011, Nos Prises de Position
Communiqué de presse : Critiques contre Israël – La liberté d’expression menacée
Critiques contre Israël: la liberté d’expression menacée
Alors que le monde entier assiste impuissant au comportement cynique des autorités israéliennes à l’égard des Palestiniens, les défenseurs de la cause palestinienne font l’objet, de plus en plus fréquemment, d’atteintes à la liberté d’expression.
La plus récente ne visait personne d’autre que Stéphane Hessel, Ambassadeur de France, auteur de l’opuscule « Indignez-vous! », qui a créé l’événement littéraire des derniers mois. Dans le contexte d’une pétition dénonçant les poursuites lancées contre M. Hessel pour son soutien au boycott d’Israël, une conférence débat avec lui et une série de personnalités devait se tenir à l’Ecole Normale Supérieure à Paris. Suite à l’intervention du CRIF [Conseil représentatif des institutions juives de France], la Directrice de l’ENS, avec l’appui de la Ministre de l’Enseignement Supérieur, décréta l’annulation de la conférence. Manifestement une atteinte à la liberté d’expression et qui a été dénoncée comme telle. Mentionnons dans ce contexte la réaction d’Esther Benbassa [intellectuelle juive, historienne du judaïsme], qui se demande si le CRIF pourra se lamenter longtemps « qu’on parle de Lobby juif en France ». Selon elle l’action du CRIF relève très exactement du lobbying « et du plus négatif qui soit ».
Entre-temps, les poursuites judiciaires à l’encontre des partisans d’un boycott contre Israël se multiplient, notamment en France. C’est le cas, par exemple, de douze activistes poursuivis par le Parquet du Tribunal de Mulhouse pour « provocation à la discrimination nationale, raciale ou religieuse » pour avoir appelé au boycott de produits d’origine israélienne, notamment ceux issus des colonies illégalement implantées dans des territoires occupés. Particulièrement grave et peu compatible avec une justice indépendante : c’est Mme. Michèle Alliot-Marie, Ministre de la Justice avant d’être nommée aux Affaires Etrangères, qui a donné instruction aux parquets de faire preuve de davantage de sévérité à l’égard des auteurs d’appels au boycott, après avoir mensongèrement et pernicieusement parlé de boycott de produits kasher, afin de rendre possible l’accusation d’incitation à la haine.
Le Comité pour une Paix Juste au Proche-Orient [CPJPO], pour sa part, estime que la société civile est tout à fait dans son rôle lorsqu’elle appelle, comme pour l’Afrique du Sud, et suite à l’inaction des pouvoirs politiques, à un boycott contre l’Etat d’Israël, coupable de violer impunément depuis des décennies le Droit international et accusé de « crimes de guerre, voire de crimes contre l’humanité » [Rapport du Juge Goldstone]. Pour Elisabeth Guigou, ancienne Garde des Sceaux française, le boycott d’un tel Etat n’est pas illégal, c’est un acte politique. L’UE vient d’adopter des sanctions sans précédent contre l’Iran, qui vont au-delà de celles décrétées par le Conseil de sécurité de l’ONU : à quand des sanctions de l’UE à l’égard d’Israël ?
Sous l’impulsion des autorités israéliennes et de certaines organisations qui se prétendent représentatives de tous les Juifs, une vaste opération de terrorisme psychologique est engagée contre ceux, y compris contre des organisations de défense des droits de l’homme, qui osent élever leur voix contre la politique du gouvernement israélien.
Rappelons que le droit à la liberté d’expression est inscrit dans la Déclaration européenne des Droits de l’homme. Ce droit a été consacré dans plusieurs arrêts importants de la Cour européenne des Droits de l’homme. La Cour a décidé « que la liberté d’expression ne vaut pas seulement pour les informations ou idées accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent : ainsi le veulent le pluralisme, la tolérance et l’esprit d’ouverture sans lesquels il n’est pas de société démocratique ».
Au Luxembourg aussi certains tentent de faire taire toute critique envers Israël sous prétexte d’antisémitisme et d’incitation à la haine. Le CPJPO et certains de ses membres ont à plusieurs reprises fait les frais de cette forme d’amalgame. Les libertés d’expression et d’action de ceux qui œuvrent, ici comme en Israël, pour faire cesser une politique d’atteintes graves et permanentes au Droit international, aux Droits de l’homme et au Droit humanitaire ne peuvent être muselées de la sorte !
Luxembourg, le 25 janvier 2011
Le Conseil d’administration du CPJPO
